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vendredi 24 mars 2017

Qui ne se montre ni se dit

Je vous montrerai
le fond qui se refuse à toute image
qui ne se montre ni se dit,
qui entremêle lunes et raisins de mer,
qui est tout et
au-delà de la destruction
parce que pleinement créé sans nulle forme
particulière...
(A. R. Ammons.)

George Steiner, Extrait de Grammaire de la création

mardi 21 mars 2017

L'espoir et la peur

'' L'espoir et la peur sont des fictions suprêmes qui tirent leur force de la syntaxe. Elles sont aussi inséparables l'une de l'autre qu'elles le sont de la grammaire. L'espoir enferme une peur de l'inaccomplissement. La peur a en elle une graine d'espoir, le pressentiment qu'elle peut être surmontée. C'est le statut de l'espoir aujourd'hui qui est problématique. Hormis au niveau du banal et du momentané, l'espoir est une interférence transcendentale. Il est sous-tendu par des présomptions théologico-métaphysiques. Et présomption est à prendre ici au sens strict du mot, lequel connote un investissement éventuellement injustifié, un achat à terme, comme on dit sur les marchés boursiers. ''

George Steiner, Extrait de Grammaires de la création

Le Cantique des Cantiques


lundi 20 mars 2017

Demander aux dieux lointains

La seule grâce à demander aux dieux lointains,
Aux dieux muets, aveugles, détournés,
A ces fuyards,
Ne serait-elle pas que toute larme répandue
Sur le visage proche
Dans l’invisible terre fît germer
Un blé inépuisable ?

Philippe Jaccottet, Extrait de À la lumière d'hiver suivi de Pensées sous les nuages

Le ciel aveuglant les étoiles


vendredi 17 mars 2017

La limite et l'illimité

"Il se peut que la beauté naisse quand la limite et l'illimité deviennent visibles en même temps, c'est-à-dire quand on voit des formes tout en devinant qu'elles ne disent pas tout, qu'elles ne sont pas réduites à elles-mêmes, qu'elles laissent à l'insaisissable sa part."

Philippe Jaccottet, Extrait de La Semaison

Vent d'est


mardi 14 mars 2017

L'aube

" L'aube n'est pas autre chose que ce qui se prépare, encore pur, à brûler; l'aube est celle qui dit:"attends encore un peu et je m'enflamme"; le bourgeon de quelque incendie."

Philippe Jaccottet, Extrait de Paysages avec figures absentes

mardi 28 février 2017

Perceptif et affectif

" Il y a paysage quand je ressens en même temps que je perçois; ou disons que je perçois alors du dedans comme du dehors de moi-même - l'étanchéité qui me fait tenir en sujet indépendant s'estompe. Ou, pour le dire en termes plus catégoriels, et ce sera ma nouvelle définition du paysage : il y a paysage quand le perceptif se révèle en même temps affectif. "

François Jullien, Extrait de Vivre de paysage ou L'impensé de la Raison

dimanche 19 février 2017

Entre

" Que le paysage ne se réduise pas au perceptif, mais qu'il instaure en lieu d'échanges, ne se vérifie pas seulement, au sein du paysage, par corrélation entre les montagnes et les eaux s'érigeant en polarité maîtresse. Cela vaut tout autant par corrélation du « moi » et du « monde », entre « physicalité » et « intériorité » (partons de ce terme moins psychologique) : quand se lève la frontière entre le dedans et le dehors, que ceux-ci se constituent également en pôles et qu'il y a perméabilité de l'un à l'autre, un nouvel « entre » s'instaure. Quand l'extérieur que j'ai sous les yeux sort de son indifférence et de sa neutralité : c'est d'un tel couplage que naît du « paysage ». "

François Jullien, Extrait de Vivre de paysage ou L'impensé de la Raison

samedi 18 février 2017

vendredi 17 février 2017

Bleu

"Pour les Égyptiens comme pour d'autres peuples du Proche et du Moyen- Orient, le bleu est une couleur bénéfique qui éloigne les forces du mal. il est associé aux rituels funéraires et à la mort pour protéger le défunt dans l'au-delà. Souvent le vert jour un rôle voisin et les deux couleurs sont associées.[...]

Plus encore que les Grecs, les Romains voient dans le bleu une couleur sombre, orientale et barbare; ils l'utilisent avec parcimonie."

Michel Pastoureau, Extrait de Bleu : Histoire d'une couleur

Bleu Hoggard


mardi 14 février 2017

Confiscation : Des mots, des images et du temps

"Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? Tout est fait aujourd’hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d’endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l’imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. Les mots les plus menacés sont ceux que la langue du flux mondial de la communication verbale et iconique fait peu à peu disparaître après leur avoir fait subir torsion sur torsion afin de les plier à la loi du marché. Peu à peu c’est la capacité d’agir qui est anéantie par ces confiscations mêmes, qui veulent anéantir toute énergie transformatrice. Si ces propositions font penser que je crois dans la force révolutionnaire de la radicalité, on ne s’y trompe- ra pas, à condition de consentir à ce que la révolution ne peut exister qu’au présent. La lutte n’est et ne sera jamais finale, car c’est à chaque instant que nous sommes tenus d’être les hôtes de l’étrange et de l’étranger pour faire advenir ce qu’on nous demande justement de ne plus attendre et même de repousser. La radicalité n’est pas un programme, c’est, la figure de notre accueil face à tout ce qui arrive et ainsi continue de nous arriver."

Marie-José Mondzain, Extrait de Confiscation : Des mots, des images et du temps

lundi 13 février 2017

High five



Limbus patrum


L’introduction de la temporalité

Les comportements alimentaires devant la télévision sont à la mesure de cette boulimie visuelle. L’enjeu du visible, ce n’est pas l’espace visible, c’est le temps lui-même. À mon sens, la question est de savoir non pas combien de temps on passe devant les écrans, mais de quelle temporalité il s’agit. Est-ce du temps approprié subjectivement par l’histoire du spectateur, ou est-ce la durée inqualifiable d’une désappropriation de soi ? Ira-t-on s’inquiéter du temps passé devant une œuvre d’art ou dans une relation amoureuse ? De quel temps s’agit-il ? Comment l’enfant fait-il l’apprentissage de ses temporalités désirantes et intimes ? L’écrasement de la distension temporelle est une menace pour l’unité sensorielle et psychique de chacun de nous.

Nous construisons une société dans laquelle il est impensable et impossible d’accepter que l’objet de notre désir soit d’autant plus vivant qu’il est inatteignable, qu’aussitôt atteint, il change et aille chercher ailleurs et autrement ce qui le fait vivre. Définir le sujet vivant et désirant comme un sujet insatiable permet de se donner de nouveaux critères dans le jugement que nous portons sur les productions visuelles. En effet, dans une économie de la satiété, ce que l’on voit peut tout promettre et tout donner, et face au désir de voir, prétend tout montrer et ne rien cacher. Tout voir, tout montrer, tout offrir, tout acheter, tels sont les maîtres mots des nouveaux totalitarismes qui veulent combler à la fois le regard et le corps, en ramenant les spectateurs au fantasme originaire de ne faire plus qu’un avec ce qui est tout.

Autrement dit, pour que les instruments audiovisuels, qu’on le veuille ou non, construisent le regard de l’homme moderne sur son propre monde, encore faut-il que nos regards soient éduqués pour continuer à produire la distance et la séparation nécessaires au maintien de ce qui définit l’humanité elle-même. Je veux dire pour que nous restions des sujets parlants, donc désirants, des sujets insatiables partageant un monde commun qui laisse fondamentalement à désirer. La plainte majeure qui habite la dimension dépressive de notre société concerne la vitalité du désir bien plus que la frustration des besoins. La violence civile et l’industrie du divertissement sont les deux réponses inséparables et aggravantes à cet état des choses. L’appétit de vivre est malade et produit les nouvelles pathologies du boire et du manger au cœur de la consommation des spectacles. La parole s’éteint. On ne peut parler la bouche pleine, on le savait déjà.

Marie-José Mondzain, Extrait de « L'appétit de voir », Enfances & Psy, 1/2005 (no26), p. 7-14.

Labyrinthus


jeudi 9 février 2017

La culture

"La culture, mot et concept, est d'origine romaine. Le mot "culture" dérive de colere - cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver - et renvoie primitivement au commerce de l'homme avec la nature, au sens de culture et d'entretien de la nature en vue de la rendre propre à l'habitation humaine (...) Il semble que le premier à utiliser le mot pour les choses de l'esprit et de l'intelligence soit Ciceron. Il parle de excolere animum, de cultiver l'esprit, et de cultura animi au sens où nous parlons aujourd'hui encore d'un esprit cultivé, avec cette différence que nous avons oublié le contenu complètement métaphorique de cet usage."

Hannah Arendt, Extrait de La Crise de la culture

Violeta


Le feu

"Le feu est l'ultra-vivant. Le feu est intime et universel. Il vit dans notre cœur. il vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s'offre comme un amour."

Gaston Bachelard, Extrait de La psychanalyse du feu

mercredi 1 février 2017

Continuellement

"On a donc raison de dire que ce que nous faisons dépend de ce que nous sommes ; mais il faut ajouter que nous sommes, dans une certaine mesure, ce que nous faisons, et que nous nous créons continuellement nous-mêmes." 

Henri Bergson, Extrait de L'évolution créatrice

samedi 28 janvier 2017

Oscillation magnétique


Cadre à tisser


Désordre et néant

" « Désordre » et « néant » désignent donc réellement une présence – la présence d'une chose ou d'un ordre qui ne nous intéresse pas, qui désappointe notre effort ou notre attention ; c'est notre déception qui s'exprime quand nous appelons absence cette présence. "

Henri BergsonExtrait de La Pensée et le Mouvant

Géométrie sous-jacente


Se brancher sur du vital

"Le paysage n'est plus alors à « regarder », à « représenter », les deux verbres qui lui sont plus couramment accolés dans nos langues; mais il se branche sur du vital. Si donc je risque ce « vivre de » dont je fait titre, tirant parti de ce « de » remontant vers un plus originaire, en deçà de la manière ou du moyen, au point que la séparation du concret et de l'abstrait en vient à s'y défaire (comme on dit familièrement d'une formule qui se veut suffisante dans son bonheur: « vivre d'amour et d'eau fraîche »), c'est pour faire jour à cette autre possibilité: pour penser à ce que nous appelons « paysage » non plus comme la « partie » de pays de nature « présente » à un « observateur », selon sa définition ordinaire, mais en tant que ressource où vivre peut indinfiniment puiser."

François Jullien, Extrait de Vivre de paysage ou L'impensé de la Raison

vendredi 27 janvier 2017

Drumbeat


Dièdre


Blanc et noir

Le mouvement d'opposition le plus puissant chez l'artiste se situe dans le "faire" et dans le "ne pas faire". Entre ses deux forces résident toutes ses tendresses et ses fragilités; des gris pour l'hiver, des fauves pour l'été, des bancs de silence, des écharpes de nébulosité. Et si les résistances étaient les mouvant de ses vitalités; ses abandons, des expires? Entre les absolus désirs se niche la vie, dans les pôles, son écho magnifié.

Les séquences de Notker


Face au paysage

"On peut s'arrêter face au paysage comme devant un « spectacle » — spectaculum, dit Pétraque, du haut du Ventoux: le regarder « d'un point de vue », en contempler l'harmonie et la variété, en apprécier la composition; et peut-être y déceler, plus minutieux, quelque géométrie sous-jacente. On peut aussi scruter l'horizon bornant cette étendue, en balayer le panorama en « observateur », déclarer: « C'est beau! », et s'en aller.

Mais un paysage peut être tout autre chose."

François Jullien, Extrait de Vivre de paysage ou L'impensé de la Raison

lundi 23 janvier 2017

Kryos


L'imagination

"L'imagination n'est pas, comme le suggère l'étymologie, la faculté de former des images de la réalité ; elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité. Elle est une faculté de surhumanité."

Gaston Bachelard, Extrait de L'eau et les rêves : Essai sur l'imagination de la matière

samedi 21 janvier 2017

La perception

"La perception n'est pas une science du monde, ce n'est pas même un acte, une prise de position délibérée, elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux."

Maurice Merleau-Ponty, Extrait de Phénoménologie de la perception

mardi 10 janvier 2017

Percevoir

"Percevoir consiste donc en somme à condenser des périodes énormes d’une existence infiniment diluée en quelques moments plus différenciés d’une vie plus intense et à résumer ainsi une très longue histoire. Percevoir signifie immobiliser. "

Henri Bergson, Extrait de Matière et mémoire : Essai sur la relation du corps à l'esprit

CGTX139


Al di là delle nuvole


Le train sifflera trois fois


D'autres mots

oui tu dis cela
un rien recoud la peine
l'absence ne meurt jamais
tu ne le dis à personne
tu ferais autrement
peut-être t'étendrais-tu
à côté du silence
entendre mieux ce qui s'en va
tu regardais les mains
l'espace infini du vertige
les voltiges des caresses
tu regardais ce qui ne se voit pas
toutes les paroles épuisées
le poème cette bouche ouverte
tu ne mesures ni ne pèses les volutes
ce qui reste continue de s'échapper
comme des mots sur une toile
qu'appellent d'autres mots

Jean-Marc Lefèbvre

Sur le motif


Jadis

"Aujourd'hui fournit le préambule indispensable de toutes les histoires anciennes. N'importe quel mainenant ouvre une porte vers jadis. Mais c'est un jadis qui doit tout à l'instant qui le rêve bien longtemps après qu'il a eu lieu. Le passé n'a plus d'autre consistance que celle que le présent lui donne. Et on vient à douter parfois qu'il ait vraiment existé."

Philippe Forest, Extrait de Crue

mercredi 4 janvier 2017

Sol LeWitt à Eva Hesse

Chère Eva,

Cela va faire quasiment un mois que tu m’as écrit, et peut-être as-tu oublié quel était ton état d’esprit (quoique j’en doute). Tu ne changes pas et, fidèle à toi-même, tu ne le supportes pas. Non ! Apprends à dire au monde : « Va te faire foutre ! » une fois de temps en temps. Tu en as le droit. 

Cesse un peu de penser, de t’inquiéter, de te méfier, de douter, de t’effrayer, de peiner, d’espérer une issue facile, de lutter, de te cramponner, de t’embrouiller, de gratter, de griffer, de marmonner, de bafouiller, de grogner, de te rabaisser, de broncher, de marmotter, de grommeler, de miser, de culbuter, d’écumer, d’escalader, de trébucher, de tramer, de rouspéter, de pleurnicher, de te lamenter, d’affûter, de désosser, de déconner, de pinailler, de chicaner, de compisser, de trifouiller, de t’emmerder, de te leurrer, de moucharder, de cafarder, de poireauter, de tâtonner, d’abominer, de payer, de scruter, de percher, d’entacher, de trimer, de trimer encore et encore. Arrête – et contente-toi de FAIRE !

D’après ta description, et d’après ce que je sais de ton travail antérieur et de ta capacité ; ton travail semble très bon « Dessin-propre-clair mais dingue comme des machines, en plus grand et en plus vigoureux… véritable non-sens ». Ça m’a l’air bien, formidable – du véritable non-sens. Va plus loin. Encore plus de non-sens, encore plus de dinguerie, encore plus de machines, encore plus de seins, de pénis, de chattes, de ce que tu veux – fais foisonner tout ça avec le non-sens. Essaie de titiller cette chose en toi, ton « humour bizarre ». Tu appartiens à la part la plus secrète de toi-même. Ne te préoccupe pas de ce qui est cool, fais ce qui selon toi n’est pas cool. Fabrique ce qui t’est propre, ton propre monde. Si tu as peur, fais-le fonctionner pour toi – dessine & peins ta peur et ton anxiété. Et cesse de te préoccuper de ces choses grandes et profondes telles qu’« opter pour un but et une manière de vivre, l’approche cohérente d’une finalité même impossible ou d’une finalité même imaginaire ». Tu dois t’entraîner à être stupide, muette, étourdie, vide. Alors tu seras capable de FAIRE !

J’ai grande confiance en toi et bien que tu te tourmentes, ton travail est très bon. Essaie un peu de faire du MAUVAIS travail – le pire qui te vienne à l’esprit et vois ce qui se passe mais surtout détends-toi et envoie tout au diable – tu n’es pas responsable du monde – tu es seulement responsable de ton œuvre – donc FAIS ÇA. Et ne pense pas que ton œuvre doive se conformer à une quelconque forme, idée ou saveur préconçue. Elle peut être tout ce que tu veux qu’elle soit. Mais si la vie était plus facile pour toi en arrêtant de travailler – eh bien arrête. Ne te punis pas. Je pense toutefois que c’est si profondément enraciné en toi qu’il devrait t’être plus facile de FAIRE ! 

Quelque part, malgré tout, il me semble que je comprends ton attitude, parce que je traverse parfois un processus similaire. Je suis pris dans une « Déchirante Réévaluation » de mon travail et je change tout autant que possible = je déteste tout ce que j’ai fait, et j’essaie de faire quelque chose d’entièrement différent et meilleur. Peut-être ce genre de processus m’est-il nécessaire, parce qu’il me pousse à avancer. Le sentiment que je peux faire mieux que la merde que j’ai faite. Peut-être as-tu besoin de ton déchirement pour accomplir ce que tu fais. Et peut-être que cela t’incite à mieux faire. Mais c’est très douloureux je le sais. Ça irait mieux si tu avais assez confiance pour faire le boulot sans même y penser. Ne peux-tu laisser le « monde » et l’« ART » tranquilles et aussi cesser de flatter ton ego. Je sais que tu (comme n’importe qui) ne peux travailler que jusqu’à un certain point et que le reste du temps tu es livrée à tes pensées. Mais quand tu travailles ou avant de travailler tu dois vider ton esprit et te concentrer sur ce que tu fais. Après que tu as fait quelque chose, c’est fait et c’est comme ça. Au bout d’un moment, tu peux voir que des choses sont meilleures que d’autres mais tu peux voir aussi dans quelle direction tu vas. Je suis sûr que tu sais tout cela. Tu dois aussi savoir que tu n’as pas à justifier ton travail – pas même à tes propres yeux. Bon, tu sais que j’admire grandement ton travail et que je ne comprends pas pourquoi il te tracasse autant. Mais tu peux voir ce qui va suivre et moi non. Tu dois aussi croire en ta capacité. Je crois que c’est le cas. Alors tente les choses les plus outrageantes que tu peux – choque-toi toi-même. Tu as en ton pouvoir la capacité de tout faire.

J’aimerais voir ton travail mais je me contenterai d’attendre août ou septembre. J’ai vu des photos de choses nouvelles de Tom chez Lucy. Elles sont impressionnantes – surtout celles qui ont la forme la plus rigoureuse : les plus simples. Je suppose qu’il en enverra d’autres plus tard. Dis-moi comment se déroulent les expositions et ce genre de choses. Mon travail a changé depuis que tu es partie et il est bien meilleur. Je ferai une exposition du 4 au 9 mai à la Daniels Gallery, 17 East 64th Street (là où était Emmerich), j’espère que tu pourras être là. Mon affection à tous les deux,

Sol

(Source: dossier de presse du Centre Pompidou de Metz pour l'exposition "Sol Lewitt Collectionneur")

mercredi 21 décembre 2016

The Arrival


Neiges

"Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l'absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel; et toute peine remise aux hommes de mémoire, il y eut une fraîcheur de linges à nos tempes. Et ce fut au matin, sous le ciel gris de l'aube, un peu avant la sixième heure, comme en un havre de fortune, un lieu de grâce et de merci où licencier l'essaim des grandes odes du silence."

Saint-John Perse, Extrait du poème Neiges

mardi 20 décembre 2016

L'ophiolite d'Oman


L’entre-deux

"Ce qui est entre la pomme et l’assiette se peint aussi. Et, ma foi, il me paraît aussi difficile de peindre l’entre-deux que la chose. Cet entre-deux me paraît un élément aussi capital que ce qu’ils nomment l’objet. C’est justement le rapport de ces objets entre eux et de l’objet avec l’entre-deux, qui constitue le sujet." 

Georges Braque

L'antre de Pele


Principe imaginaire

"Une image qui quitte son principe imaginaire et qui se fixe dans une forme définitive prend peu à peu les caractères de la perception présente. Bientôt, au lieu de nous faire rêver et parler, elle nous fait agir. Autant dire qu'une image stable et achevée coupe les ailes à l'imagination. Elle nous fait déchoir de cette imagination rêveuse qui ne s'emprisonne dans aucune image et qu'on pourrait appeler pour cela une imagination sans images... Sans doute, en sa vie prodigieuse, l'imaginaire dépose des images, mais il se présente toujours comme un au-delà des images, il est toujours un peu plus que ses images."

Gaston Bachelard, Extrait de L'air et les songes : essai sur l'imagination du mouvement

lundi 5 décembre 2016

La chasse-galerie


Peinture abstraite à la peinture figurative

"Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace." 

Nicolas de Staël

Hessed


Yesod


Denrée rare

"Au fur et à mesure que la civilisation urbaine et industrielle assoit sa domination, le niveau de nuisance sonore connaît une inflation exponentielle, qui confine aujourd'hui à la folie. Pour les privilégiés, à l'âge classique de la lecture le silence est encore une denrée rare accessible dont le prix cependant ne cesse d'augmenter."

George Steiner, Extrait de Le silence des livres

Blair Witch Forest


dimanche 4 décembre 2016

En toutes choses

"Nous n'avons plus de commencements. Incipit : ce mot latin altier qui signale le début survit en anglais dans le poussièreux inception. Le scribe du Moyen Âge marque le départ d'une ligne, le nouveau chapitre, par une capitale enluminée. Dans son tourbillon doré ou carmin, l'enlumineur de manuscrits dispose des bêtes héraldiques, des dragons au matin, des chanteurs et des prophètes. L'initiale, où ce mot signifie et le commencement et la primauté, tient lieu de fanfare. Elle proclame la maxime de Platon, qui n'a rien d'évident : en toutes choses, naturelles et humaines, l'origine est la plus excellente."

George Steiner, Extrait de Grammaires de la création